«Chi va piano va sano » disent les italiens, et ils savent de quoi ils parlent. A la fois critique de la société de consommation, doctrine écologique et pseudo-hédonisme, la slow-attitude est un concept fourre-tout (certains diront élaboré à la va-vite) aux contours peu définis et, à vrai dire parfois sujet à débat ; si personne ne conteste par exemple l'utilité du slow pour favoriser l'épanouissement sexuel des adolescents, en revanche on peut s'interroger sur l'utilité sociale de la slow attitude qui prévaut dans certains bureaux de poste du Cantal.
Pour les défenseurs de la slow-attitude, qui ne sont pas tous des consommateurs de marijuana ou des italiens contrairement à ce qu'on pourrait penser, la lenteur n'est pas du tout la marque d'un esprit dépourvu d'agilité ou d'un tempérament flegmatique ; non, pas du tout. Elle peut signifier que chacune de nos actions importe, que nous ne devons pas l'entreprendre à la hâte avec le souci de nous en débarrasser.
Sa première déclinaison, la slow food a été lancée en Italie en 1986 par Carlo Petrini, un critique gastronomique italien, en réaction à l'ouverture de fast-foods à Rome. Son idée était que l'acte de manger, tout comme celui de préparer à manger, ne doit pas être expédié. Au contraire, il faut prendre le temps de préparer les rigatoni avec des légumes qui ont eu le temps de pousser et des animaux qui ont pu paître tranquillement, selon des recettes familiales, et les savourer au lieu de consommer sans discernement.
Aujourd'hui le concept s'étend aux slow cities, au slow travel, au slow sex, au slow médias ou au slow money et vient d'être choisi comme thème de la Foire de Paris pour sa 107ème édition, preuve que le concept fait vendre et qu'il est tombé entre les mains des petits génies du marketing. Il peut paraître un peu contradictoire à une époque où nous valorisons aussi la vivacité, la virtuosité, la rapidité dans tous les domaines pratiques et théoriques.