Au cinquième jour de son procès, l'homme qui figure désormais en bonne place dans le livre Guinness pour avoir pulvérisé le record de la plus grosse perte dans une salle des marchés, n'est pas si facile à cerner. "Il invitait toutes les jeunes filles des services support. C'était un des rares traders qui leur parlait poliment", indique l'un des témoins du procès, mais cela suffit-il à faire de Kerviel un brave type comme semble le penser le public de traders et de retraités qui fréquente la salle d'audience?
La thèse de la Société Générale, son ancien employeur, est simple : agissant par soif de reconnaissance ou d'argent, le jeune trader aurait sciemment occulté ses opérations et très habilement contourné les systèmes de contrôle de la banque. Kerviel, au contraire, prétend que personne ne pouvait ignorer ses opérations, que ses supérieurs le laissaient faire et qu'il n'a fait qu'imiter ses collègues, en forçant un peu le trait toutefois. Fautif, irresponsable, Kerviel le reconnaît volontiers, mais il se dit aussi victime d'un système qu'il n'a pas inventé où l'émulation, la triche et l'argent sont rois. Qui faut-il condamner? l'homme? le système? les deux?